Après six ans passés à jongler entre la gestion de projet, le management et la communication en entreprise, j’ai troqué pour une semaine mon plus beau tailleur contre un t-shirt, des baskets et un sifflet. Mon nouveau job ? Animatrice de colonie de vacances.
Alors que les circonstances m’ont mise au chômage, j’en prends mon parti et choisis de profiter de la période pour multiplier les expériences de vie. Après une initiation au parapente cet Été et un road trip à moto en Septembre, j’infiltre l’univers de l’animation le temps d’une colo UCPA.
C’est la directrice qui m’appelle pour me proposer le poste. La colonie aura lieu dans un centre si grand qu’on parle d’un village sportif, elle mixera les sports à sensation (parkour, paddle, kayak, cheval, accrobranche, parcours du combattant, karting et j’en passe) sous le soleil de Saint Cyprien pour une centaine d’enfants de 6 à 15 ans.
Sitôt à bord, on m’intègre dans le groupe WhatsApp de l’équipe. Je fais connaissance avec les 13 autres animateurs, sans trop savoir à quoi m’attendre.
L’animation en colo, c’est comment ?
- De l’autre côté : appréhensions
- Des fous rires et des pleurs
- On dort quand ? et effets
- Les compétences cachées de l’animateur
- Retour à la réalité
De l’autre côté : appréhensions
Mes souvenirs d’animation, de mes cinq à mes seize ans sont immuables. Du centre de loisirs de l’école maternelle, des départs à la journée au Château des Quayres ou des saisons dans les colos Michelin, je ne garde que de bons souvenirs de ces semaines hors du temps.
Les animateurs et animatrices en camps étaient mes héros d’aventure. C’est eux qui nous transbahutaient d’une activité à l’autre, s’assurant d’instiller toujours une ambiance hors norme. Ils étaient les gardiens de l’aura de la colo : cris de guerre, scoubidous, cocottes et avions en papiers, chansons à gogo, tours de magie, jeux de cartes ou de mains, maquillage et j’en passe. Franchement, vous direz que je suis bon public, mais mes anims avaient mis la barre haut.

Passer de l’autre côté venait pour moi avec l’appréhension de ne pas être à la hauteur. J’avais tellement aimé les colos enfant que je me devais de transmettre le kiff. En arrivant sur le groupe WhatsApp de l’équipe d’animation la semaine précédant la colo, j’ai stressé.
Suis-je assez jeune ? L’animation, c’est un travail de groupe qui demande une bonne cohésion dans l’équipe encadrante. Mes collègues ont l’air très cools, mais ils sont aussi bien plus jeunes que moi.
Et si ça entravait mon intégration et, in fine, la cohésion ?
Vais-je être assez cool ? Manifestement, mon parcours professionnel n’a pas grand chose à voir avec celui de mes pairs. Et si mes années corpo, passées derrière un écran, avaient émoussé ma vibe d’entant ?
Passer animatrice de colo est venu avec des doutes que je n’envisageais pas. De quoi se challenger un peu.
Des fous rires et des pleurs
La particularité du job d’animateur, c’est d’être au contact des enfants toute la journée. Oui, j’ai deux nièces et je côtoie les enfants d’amis déjà parents. Mais là, on parle d’une centaine d’enfants d’âges hétérogènes 24/7. C’est un quotidien bien loin de nos routines qui vient avec beaucoup d’émotions et de spécificités. La plus belle : la transparence.
Les enfants, c’est le summum de l’authenticité émotionnelle. Ils expriment ce qu’ils ressentent comme ça leur vient, sans filtre. Une bénédiction à l’antipode du monde en entreprise où la bienséance et l’ambition court-circuitent la franchise. Tour d’horizon des émotions recencées en 7 jours.

En colo, bon nombre d’enfants sont loin de leurs parents pour la première fois (tristesse, peur). Tous logés à la même enseigne le temps du séjour, ils découvrent la mixité sociale (inquiétude, curiosité, surprise), la socialisation et les règles de vie en collectivité (ouverture à l’autre, respect, empathie). Les amitiés se développent (joie, excitation) et conduisent parfois à leurs premiers émois amoureux (affection, amour, pudeur).
Kids (les plus petits) ou ado, ils s’émerveillent de ce qu’ils découvrent : la nature, les étoiles, les sensations du corps (apaisement, satisfaction, fascination). Le séjour a aussi son lot de désaccords et les frustrations que comportent certaines situations remuent parfois les enfants (colère, impatience, désarroi). Pendant les activités, les encouragements des uns boostent le dépassement des autres et avec leur assurance (confiance en soi). Gratitude, crainte, accomplissement, honte, admiration et bonheur composent encore le paysage émotionnel du séjour.

Le moment qui cristallise le mieux ces ressentis, vient en fin de semaine. Après la veillée la plus attendue de la colo, j’ai nommé #laBoom, à la veille de leur départ, les enfants se livrent. Chacun à tour de rôle peut s’exprimer, faire passer un message, une dédicace, faire un point sur son séjour. C’est unique pour les animateurs, il faut s’accrocher un peu : c’est le moment où les enfants expriment leur gratitude pour les moments qu’ils ont passés.
Les enfants sont un vivier débordant d’émotions débordant et les métiers à leur contact permettent de les vivre et de les partager avec eux. Ca en fait une expérience humaine précieuse et enrichissante.
Au-delà des émotions fortes, le métier d’animateur en colo a aussi sa part de défis. Le job n’est pas tout rose. La rémunération par exemple pique les yeux. Quand enfant, mes anims me disaient qu’ils n’étaient pas là pour l’argent, je comprends mieux.
Je ne reviendrai pas sur les trente-cinq euros/ journée, sur les délais de paiement et de remboursement pour les défraiements, parce que ça n’ajouterait pas grand chose. A ce qu’il parait travailler pour les municipalité serait plus viable. A vérifier.
On dort quand ? et effets
Et au-delà du salaire… on dort quand ?

Une de mes appréhensions était bien fondée. Je n’ai plus vingt ans et ça se sent. Entre les couchers tardifs, les débriefs nocturnes, la préparation des activités et les moments de partage avec l’équipe, les nuits sont courtes.
Tout le monde le dit, en colo on vit à 100 à l’heure. C’est vrai pour les enfants, mais aussi pour les anims.
Les échanges de la journée, la musique de rassemblement, le bruit de fond, les chambres partagées, les activités qui s’enchaînent toute la semaine, l’attention permanente au bon compte des enfants… Auquels s’ajoute le manque de sommeil, accentuent des émotions déjà décuplées par l’atmosphère exaltante de la colo.
Les compétences cachées de l’animateur
L’animation de colonie de vacances est souvent considérée comme un travail axé sur le jeu et le divertissement. Mais les activités sportives, les veillées et les sourires des enfants requièrent des compétences essentielles qui ne sont pas toujours évidentes.

La Gestion de Projet : Organiser des activités pour un groupe d’enfants est un projet en soi, avec des objectifs pédagogiques, une timeline, des ressources à gérer et du management personnalisé. Par exemple Antoine, qui a peur des chevaux aura besoin de plus de soutien que Sasha qui est Galop 2.
La gestion des émotions : Celles des autres bien sûr. Prendre les 3 minutes qui vont bien pour relancer Axel qui voulait absolument faire cette piste rouge d’accrobranche, mais qui finalement a peur des tyroliennes. Comprendre que la petite Naomi est fatiguée mais qu’elle ne le dira pas parce qu’elle veut rester avec les grands. Canaliser Jimmy qui trimballe des casseroles. La gestion des émotions ça concerne aussi les siennes : idéalement il faut être dans les starting-blocks avec le sourire, ce qui ne va pas de soi. Les enfants sont des éponges et on leur doit la bonne humeur pendant leurs vacances.

La Communication : elle est au cœur de l’animation. Il ne s’agit pas de transmettre des instructions, mais aussi de créer du lien, d’écouter et de s’adapter à un public varié.
L’adaptabilité : la petite Mayline s’est retourné le doigt au paddle et elle hurle à la mort. Je suis solo avec le groupe et le moniteur. Est-ce grave ? Qui fait quoi ? Faut-il interrompre l’activité ? Qui rentre en minibus et qui reste ? Le job nécessite de l’agilité mentale et la capacité à prendre des décisions changements.
L’autorité : Les enfants, en particulier les ados testent les limites. Dans mon expérience, ce n’est pas une mauvaise chose, mais il faut savoir se faire respecter. Un aspect intéressant et amusant de l’animation en colo, c’est la « street cred », où ton autorité est directement proportionnelle à ton score au baby-foot. C’est vrai pour le jonglage, le baby, le ping-pong, ton record de jongles au foot, la slackline et tous les petits jeux qu’on trouve dans un centre.
Retour à la réalité
Le retour à la réalité pique. Je me souviens des départs de colos comme si c’était hier. Les enfants pleurent, c’est la fin d’une aventure : comment, maintenant qu’on se connaît et qu’on a tant partagé, va-t-on pouvoir vivre les uns sans les autres ?
La fin de la colonie est aussi marquée par les adieux entre animateurs et enfants. C’est un moment poignant : une semaine de confessions émeut même le plus endurci. Je ne vais pas m’épancher parce que ça remettrait une pièce.
Qui aurait cru que le silence puisse être aussi assourdissant ?

Bon. Cet article qui devait faire 1000 mots s’est doucement mais surement transformé en rapport d’étonnement. C’est pas grave, c’est qu’il y avait matière.
Conclusion
Pour conclure, je dirais que travailler en tant qu’animatrice de colonie de vacances a été à la fois épuisant et édifiant. Cette semaine en apparence éloignée de mon quotidien et de mes compétences m’a apporté de jolis moments : contribuer à l’épanouissement des enfants est plus gratifiant que je ne l’aurais cru.
Je finis sur un élément dont je n’ai pas parlé, pourtant essentiel à l’animation et que l’on ne peut pas apprendre dans un bureau : le plaisir pur et simple de s’amuser, de se taper des barres avec les enfants pour des petites choses. Une bataille d’eau, une danse du soleil, un déguisement improvisé avec les moyens du bord, une veillée participative déjantée, une question hilarante, un comportement déplacé, un bruit guttural.
Les enfants rappellent à qui veut l’entendre l’importance de la spontanéité, du rire, et du lâcher-prise. En fin de compte, la colonie de vacances est unique parce qu’elle combine petites têtes, émotions authentiques, défis et moments de vie condensés en un temps que l’on sait limité. Vous l’aurez compris, je recoco !
