Un One Woman Show d’Emilie Baba, vu le 13 Octobre 2023
« Une fois j’ai pris un verre avec un Québécois ». « Une fois j’ai failli avoir un orgasme ». « Une fois j’ai ri, mais finalement non ». Voilà comment commence s’amorce le spectacle, et croyez-moi, vous n’êtes pas au bout de vos surprises. La comédienne déambule à travers les souvenirs, les ratés, les amours avortés et les réflexions absurdes, et on y plonge avec une facilité déconcertante.
Le ton est à la fois décontracté et introspectif, oscillant constamment entre moments drôles, légers et des passages beaucoup plus profonds, presque philosophiques. C’est un peu comme si on avait pris une tranche de vie, qu’on l’avait mise sous un microscope et qu’on s’attardait sur tous ces petits détails qui, au fond, disent tout de nous.
La force du spectacle réside avant tout dans son écriture. Émilie ne raconte pas simplement des anecdotes ; elle les dissèque, les rejoue, en tire des observations à la fois amusantes et amères. Ce qui frappe, c’est cette capacité à nous faire rire d’une situation qui, en soi, ne devrait pas être drôle. Cette scène où elle tente de contenir un fou rire pendant un repas de famille stressant est un exemple parfait de cette juxtaposition entre la comédie et une certaine tension émotionnelle. On rit avec elle, mais ce rire porte aussi un poids, une tristesse latente qui ne dit pas son nom.
Les dialogues intérieurs sont d’une justesse rare. On se retrouve dans ses réflexions intimes, ses contradictions. Qui n’a jamais tenté de faire plaisir à quelqu’un pour finalement échouer de manière spectaculaire et hilarante ? Chaque spectateur trouve un écho personnel dans ces récits parfois loufoques, mais toujours authentiques.
Ce qui fait également la force de la pièce, c’est sa structure. Le texte est fragmenté, presque en forme de mosaïque, où chaque anecdote se connecte à la suivante de façon fluide, mais inattendue. On passe d’un amour raté à un cours de danse révolutionnaire sans jamais se perdre. Et cette fluidité, ce chaos apparent, donne une certaine dynamique à l’ensemble, comme si nous étions dans la tête d’Émilie, perdus dans ses pensées.
L’interprétation de la comédienne est tout simplement ébouriffante. Elle parvient à naviguer entre les différents registres avec une aisance déconcertante. Elle est drôle, touchante, mais surtout vraie. On a l’impression de partager ces moments avec elle, de vivre ses échecs et ses petites victoires, de rire à ses côtés tout en ressentant le poids des déceptions qu’elle traverse.

Et puis, il y a cet humour. Ah, cet humour si particulier. Subtil, parfois pince-sans-rire, il se glisse dans les interstices des moments les plus anodins. Comme cette comparaison inattendue entre un amour perdu et un gâteau choco oublié au four. Ses parralèles sont la fois inopinés et drôlement justes. Mais on ne s’y trompe pas, derrière le rire se cache une certaine mélancolie. On rit, oui, mais on est aussi touché par la sincérité désarmante de cette comédienne pourtant jeune.
Une fois j’ai failli est une pièce qui parle à chacun de nous, une introspection douce-amère où le banal devient extraordinaire. On sort du théâtre avec un sourire aux lèvres. C’est un spectacle qui nous rappelle que, dans la vie, tout n’est pas si grave… ou peut-être que si, mais ce n’est pas si important finalement.
Un spectacle à ne pas manquer, qui saura vous faire réfléchir, rire, et peut-être même pleurer.
